Je me souviens de ce panache noir vaporeux bondissant et disparaissant derrière les touffes de buissons encerclant la maison à quelques mètres. Hop, hop ! Le temps de forcer l’attention, puis des yeux ronds et jaunes, comme ceux d’un hibou, me fixant du bout de la terrasse. Il avait faim. C’était un soir de juillet. Confiant, il se glissa sous ma main. Il était magnifique, sa tête ressemblait à celle créée pour Jean Marais dans le rôle de la bête. Il avait la grâce et la légèreté d’une estampe. Port de tête et moustaches aériennes, manteau noir angora, frémissant à l’air. Nous nous reconnûmes aussitôt, nous étions destinés l’un à l’autre, ce fut un coup de foudre. Incroyablement sexy, il s’allongeait sur moi comme un amant. Le soir, nous avions notre rituel, il sautait sur le rebord de la baignoire. La brosse avait la bonne dimension, d’abord la tête, puis le long du dos jusqu’à la queue, il suivait le mouvement en s’étirant, je glissais alors ma main sous son doux ventre. Il se prêtait, sensuel, se tordant le cou pour me donner prise, ronronnant tel un diesel. Je n’oubliais pas son élégant panache, ni l’intérieur de ses pattes et terminais par un petit coup sur les bottes. Au matin, il enfouissait son museau humide dans mon cou, il sentait bon le foin. Ma douceur, mon animal, mon merveilleux chat. Hélas, il a fallu se quitter, la camarde n’oublie personne. Quand il a passé la grande porte, j’ai recueilli son âme entre mes mains, nous avions traversé quinze années ensemble.
Sire Chat le débonnaire promène donc à présent sa nonchalante élégance au paradis des chats. C’est un monde paisible, agrémenté d’oiseaux, de souris et de quelques humains de compagnie admiratifs et caressants.
Requiescat in pace.